Il y a des palais que l’on visite pour leur architecture, d’autres pour leurs collections. Schönbrunn appartient à ces lieux où l’on vient surtout chercher une atmosphère.

À quelques kilomètres seulement du centre historique de Vienne, derrière une imposante façade aux teintes ocre et jaune, s’étend l’ancienne résidence d’été des Habsbourg : un palais de plus de 1 400 pièces entouré d’un domaine immense, fait de jardins ordonnancés, de bosquets, de fontaines et de longues perspectives dominées par la Gloriette.

Schönbrunn mérite que l’on prenne son temps. Car la visite ne se limite pas aux appartements impériaux. Le palais, les jardins, la Gloriette, la Grande Serre et même l’ancienne ménagerie impériale composent un ensemble qui peut facilement occuper plusieurs heures.
Et derrière les ors de Marie-Thérèse se cache aussi un lieu étonnamment intime, où l’on retrouve Mozart enfant, Marie-Antoinette avant Versailles, Napoléon, François-Joseph et l’impératrice Élisabeth.
Une résidence impériale aux portes de Vienne
L’histoire du domaine commence bien avant le palais que nous connaissons aujourd’hui.
Ancien territoire de chasse des Habsbourg, Schönbrunn doit, selon la tradition, son nom à l’empereur Matthias qui aurait découvert ici une source et se serait exclamé : « Welch’ schöner Brunn ! » — quelle belle fontaine !

À la fin du XVIIe siècle, l’empereur Léopold Ier confie à Johann Bernhard Fischer von Erlach la construction d’une nouvelle résidence. Mais c’est surtout au siècle suivant que Schönbrunn acquiert son visage actuel.
Marie-Thérèse d’Autriche choisit le domaine comme résidence d’été et charge l’architecte Nikolaus Pacassi de transformer profondément le palais.
À partir de ce moment, Schönbrunn devient l’un des centres de la vie de cour.
Marie-Thérèse y séjourne avec son époux François-Étienne de Lorraine et leurs seize enfants. Parmi les jeunes archiduchesses qui courent alors dans les appartements et les jardins se trouve Maria Antonia, que l’histoire connaîtra bientôt sous le nom de Marie-Antoinette.

C’est également ici qu’en 1762, le jeune Wolfgang Amadeus Mozart, âgé de seulement six ans, se produit devant la famille impériale.
Quelques décennies plus tard, Napoléon séjournera à son tour au palais lors de l’occupation française de Vienne.
Schönbrunn concentre ainsi, presque à lui seul, plusieurs chapitres de l’histoire européenne.
Franchir les portes du palais
L’arrivée devant Schönbrunn est déjà impressionnante.

La vaste cour d’honneur permet de prendre toute la mesure de la façade du palais. Pourtant, derrière cette architecture relativement sobre se cachent des intérieurs beaucoup plus spectaculaires.
La visite permet de traverser une succession d’appartements privés et de salles d’apparat qui appartiennent à différentes périodes.
Et c’est précisément ce qui rend Schönbrunn intéressant : on passe constamment du XVIIIe au XIXe siècle.
Les appartements associés à François-Joseph sont relativement austères. Ils correspondent parfaitement à la personnalité d’un souverain connu pour son mode de vie extrêmement discipliné.

Son cabinet de travail est particulièrement évocateur. François-Joseph se levait très tôt et passait une grande partie de ses journées à travailler ici.

À quelques pièces de distance, l’univers d’Élisabeth est différent. L’impératrice, devenue célèbre sous le surnom de Sissi, supportait difficilement les contraintes de la cour et séjourna finalement beaucoup moins à Schönbrunn que l’image romantique du couple impérial pourrait le laisser croire.

Puis le décor change.
Progressivement apparaissent les appartements et salons hérités du XVIIIe siècle, plus raffinés, plus colorés et parfois beaucoup plus précieux.
Le Schönbrunn de Marie-Thérèse
C’est probablement dans ces pièces que l’on ressent le mieux l’identité du palais.
Boiseries sculptées, dorures, miroirs, parquets et décors rococo témoignent du goût de la cour de Marie-Thérèse.

Certaines salles sont relativement intimes, tandis que d’autres ont été pensées pour impressionner.

Parmi les plus remarquables figure la Millionenzimmer, ou « chambre des Millions », dont le décor extrêmement précieux associe un bois exotique à de délicates miniatures indo-persanes.

Les cabinets chinois témoignent quant à eux de la fascination du XVIIIe siècle européen pour les arts venus d’Extrême-Orient.

Ces espaces permettent surtout de comprendre que Schönbrunn n’était pas simplement un décor destiné aux cérémonies.
C’était une résidence habitée.

Derrière les salles d’apparat se déroulait la vie quotidienne d’une famille impériale particulièrement nombreuse, entourée évidemment de toute une cour.
La Grande Galerie, le cœur spectaculaire de Schönbrunn
Puis vient l’un des grands moments de la visite : la Grande Galerie.

Avec ses miroirs, ses stucs dorés, ses hauts plafonds peints et ses lustres, elle représente à elle seule toute la magnificence de la monarchie des Habsbourg.
Bals, réceptions et banquets s’y succédèrent autrefois.

La salle a également continué à jouer un rôle bien après la disparition de l’Empire. En 1961, elle servit notamment de cadre à la rencontre entre John F. Kennedy et Nikita Khrouchtchev.
Schönbrunn possède cette particularité : chaque époque semble avoir laissé une trace dans les mêmes murs.
Lorsque le palais s’ouvre sur les jardins
Après les appartements, il serait dommage de quitter Schönbrunn.
Une grande partie du charme du domaine commence justement derrière le palais.
Depuis la façade côté jardin s’ouvre une immense perspective. Les parterres s’étendent devant le château, encadrés par des alignements d’arbres et des bosquets qui invitent à s’éloigner progressivement de la foule.

Au loin apparaît la Gloriette.
Elle semble proche. Elle ne l’est pas tout à fait. Pour l’atteindre, il faut traverser les jardins puis gravir la colline qui domine le domaine. La promenade demande un petit effort, mais elle offre progressivement de très belles vues sur le palais.
Avant de monter, il faut s’arrêter devant la monumentale fontaine de Neptune.

Construite à la fin du XVIIIe siècle, elle forme avec le palais et la Gloriette l’une des compositions les plus emblématiques de Schönbrunn.
Prendre de la hauteur à la Gloriette
Construite en 1775 sous Marie-Thérèse, la Gloriette domine tout le domaine.

Ses arcades monumentales avaient autant une fonction décorative que symbolique : depuis le palais, elle constitue le point final de la grande perspective des jardins.
Mais c’est en se retournant que l’on comprend véritablement l’organisation de Schönbrunn.
Le palais apparaît en contrebas, parfaitement aligné avec les jardins, tandis que Vienne se déploie derrière lui.

C’est probablement l’une des plus belles vues du domaine.
La Gloriette abrite aujourd’hui un café. L’endroit se prête particulièrement bien à une pause après la montée, surtout lorsque l’on souhaite consacrer plusieurs heures à Schönbrunn plutôt que d’enchaîner rapidement les différents espaces.


Se perdre un peu dans les jardins
Les jardins de Schönbrunn ne doivent surtout pas être réduits à l’axe central reliant le palais à la Gloriette.

De part et d’autre de la grande perspective se cachent des allées beaucoup plus tranquilles, des bosquets, des statues et plusieurs constructions remarquables.
On peut ainsi rejoindre les ruines romaines, créées au XVIIIe siècle comme un décor pittoresque, ou encore la fontaine de l’Obélisque.

Ces fabriques rappellent combien le jardin était lui aussi conçu comme une mise en scène.
Il faut donc accepter de s’éloigner des itinéraires les plus directs. C’est souvent dans ces parties du domaine que Schönbrunn devient le plus agréable.
La Palmenhaus, un autre visage de Schönbrunn
À l’ouest du palais se trouve l’un des bâtiments que nous aimons particulièrement dans le domaine : la Palmenhaus.

Cette immense serre de verre et de métal date de la fin du XIXe siècle.
Sa silhouette tranche avec l’architecture baroque du palais et rappelle que Schönbrunn n’a jamais cessé d’évoluer.
À l’intérieur, les différentes parties de la serre accueillent des plantes provenant de plusieurs régions climatiques.


Même pour ceux qui ne sont pas passionnés de botanique, le bâtiment mérite le détour pour son architecture, sa lumière et son atmosphère presque hors du temps.
Schönbrunn demande du temps
C’est sans doute le conseil le plus important que nous donnerions avant de découvrir le domaine : ne pas considérer Schönbrunn comme une simple visite de château.

Il est tentant de réserver un créneau pour les appartements impériaux, de traverser rapidement les jardins et de repartir vers le centre de Vienne.

Schönbrunn et ses jardins correspondent à la taille de Monaco.
Ce serait passer à côté d’une grande partie du lieu.
Le palais constitue naturellement le cœur historique de Schönbrunn, mais le domaine prend toute sa dimension lorsqu’on lui consacre plusieurs heures.

Les appartements permettent de découvrir Marie-Thérèse, François-Joseph et Élisabeth. Les jardins donnent ensuite une tout autre échelle à la résidence. La montée vers la Gloriette permet d’en comprendre l’organisation, tandis que la Palmenhaus, les bosquets et les différentes fabriques révèlent des aspects beaucoup moins connus.
Pour profiter de l’ensemble sans courir, mieux vaut donc arriver relativement tôt.

Les jardins offrent également de très belles lumières le matin, lorsque le domaine est encore plus calme.
Les salles Bergl, un décor presque secret

Parmi les espaces les plus surprenants de Schönbrunn se trouvent les salles Bergl, situées au rez-de-chaussée du château. Elles appartenaient aux appartements d’été de Marie-Thérèse, qui, avec l’âge, supportait de moins en moins la chaleur des pièces du bel étage.

En 1769, le peintre Johann Wenzel Bergl transforma ces quatre salles en un extraordinaire jardin imaginaire. Plantes exotiques, fruits, oiseaux et paysages luxuriants envahissent les murs et se prolongent jusque sur les voûtes, donnant l’impression que l’architecture s’efface peu à peu au profit de la nature.

Ces salles ne se découvrent pas lors du parcours classique du Palace Ticket. Pour les visiter, il faut choisir la visite guidée consacrée à Marie-Thérèse, qui commence précisément dans ses appartements d’été avant de rejoindre les somptueuses salles du XVIIIᵉ siècle au bel étage.

C’est une visite que nous conseillons particulièrement : plus intime que le parcours classique, elle permet de découvrir un Schönbrunn différent, plus personnel, et d’entrer véritablement dans l’univers de Marie-Thérèse.

Un palais, mais surtout un domaine impérial
Schönbrunn est souvent présenté comme le « Versailles autrichien ». La comparaison est inévitable, mais elle est finalement assez réductrice.
Le palais possède sa propre identité.
Schönbrunn est à la fois la résidence familiale de Marie-Thérèse, le palais où grandit Marie-Antoinette, le lieu où Mozart se produisit enfant, une résidence occupée par Napoléon et la maison dans laquelle François-Joseph naquit puis mourut.

Mais ce qui nous a peut-être le plus séduits est cette continuité entre le palais et son environnement.

On commence par les ors et les appartements impériaux. Quelques instants plus tard, on marche sous les arbres. Puis apparaît une fontaine, une ruine antique artificielle ou une immense serre de verre. Enfin, depuis la Gloriette, on regarde Schönbrunn tout entier se déployer à ses pieds.
C’est à ce moment-là que l’on comprend vraiment le domaine.
Schönbrunn n’est pas seulement un château que l’on visite.
C’est un lieu que l’on parcourt. Notre séjour à Vienne a duré 5 jours et nous sommes venus 3 fois profiter de Schönbrunn.
Pour venir, l’idéal est en métro avec la ligne 4.

